Stimulant "L'Agence", film de G. Nolfi avec l'excellent Matt Damon et la quelconque Emily Blunt. En y allant, je me disais que j'allais voir un énième film d'action genre "mémoire dans la peau "V "le retour". La bande annonce m'a convaincu, ignorant que le récit était tiré d'un roman de Philip K.Dick. Et bien, vous savez quoi ? j'ai passé un bon moment. Certes, il y a un peu de ressucé de Matrix tendance Inception, patiné de bureaucratie anachronique Brazilienne, mais pour un samedi soir sans bon vin, fallait pas trop demander. Pour le résumé, vous taperez "le film l'Agence".
Ce qui m'a particulièrement intéressé concerne bien sûr le thème de la prédestination, thème fondateur des protestants calvinistes. Nos vies sont-elles le résultat d'interactions aléatoires, celles de déterminismes sociaux et culturels et/ou d'un plan déjà écrit par une force, une puissance ...un Grand Architecte de l'Univers? Cela renvoie à des questions profondes qui influent sur nos spiritualités, nos engagements. Pris dans ces réflexions matutinales, je tombe le lendemain matin, sur le générique de "sagesses bouddhistes" où un moine, ressemblant tant à des milliers d'autres tibétains, explique qu'il a été choisi quand il était enfant comme la réincarnation d'un autre "super moine" ayant vécu quelques centaines d'années avant lui. Entre un parlementaire blasé qui découvre les mécaniciens du Grand Architecte et la réincarnation adolescente d'une divinité bouddhiste, me voilà criblé de considérations spirituelles complexes. Allez, je reprends du café...
Le personnage principal est un jeune politicien rompu aux techniques de marketing politique qui découvre l'échec en même temps que l'amour. Il est l'élu ! Fastoche mais efficace. Il va faire ses discours comme s'il allait à la Firme... et il rencontre ceux qu'il n'aurait jamais dû voir : les vrais boss, les réels patrons de la super multinationale, l'unique...où "le Grand Patron" règne sur les destinées des milliards de fourmis que nous sommes. Au passage, je me dis que ce sont des films qui doivent renforcer les paranoiaques de tous poils qui pensent que les présidents des Etats-Unis, de la République Française...sont des grands initiés ayant accès à des secrets que le commun des mortels ne soupçonnent même pas ! Il y a sans doute un peu de Max Weber dans ce film. La prédestination pousse les croyants à vérifier s'ils sont élus en s'investissant dans les affaires, et donc dans la politique, dans la réussite desquels ils peuvent y voir un signe de leur destinée.
Au fait, j'ai été vraiment bluffé par les tablettes tactiles utilisés par ces managers : un objet hybride mixt d'un carnet Moleskine grand format greffé à l' Ipad. Je me voyais déjà avec ça au boulot la semaine prochaine !! Je vais aller voir si Apple ou HP n'ont pas co-financé le film, dans le but de créer un peu le besoin d'un truc sur le marché dans quelques mois. Au fait, mais qui a choisi cette p...d'affiche ? Nullissime. Et le titre ? alors que celui en anglais est beaucoup plus parlant : the adjustment bureau.
Donc, on est quand même dans cette idée qu'il y a un Big Boss qui régente nos vies car nous ne sommes pas capables en tant qu'humains de nous prendre en mains. Et la question est posée à un politicien, sensé représenter l'investissement pour l'intérêt général, le bien commun et les citoyens. Entre prédestination, gestion par d'autres de ses désirs, de ses choix, rencontres et liberté individuelle, la construction de son propre point de vue s'avère illusoire. Pour quelqu'un qui s'investit depuis plus de 20 ans dans l'éducation à la citoyenneté, il y a de quoi douter... Ben, c'est un peu comme Matt qui va le matin à la chambre des représentants, il va simplement au boulot. Pas plus ? Allez, je reprends mon 12ème café...
Le réel intérêt de ce film réside dans les questionnements qu'il suscite. Mais, il reste superficiel tant dans le fond que dans la forme. On sent le réalisateur hésiter. Entre le film à thèse, et le film d'action, entre le mélo et la philo. Oui, il y a quelques facilités (c'est le jeune black donc différent des blancs qui permet au couple de s'émanciper et de choisir réellement sa voie ..yes we can !), quelques rapidités, quelques sirupeuses considérations. C'est le problème des biens culturels, on se donne l'agréable impression de réfléchir en consommant. Je m'en vais chercher la nouvelle de K Dick dont est tiré le film.

Ecrire pour réfléchir, noter pour ne pas oublier qu'il faut "défataliser le monde" pour mieux le vivre sans doute. La compréhension du monde social n'est qu'une approche, une tentative nécessaire pour certains, vitale pour d'autres. S'essayer délibérement et avec persévérence à la compréhension pour saisir une chance de pointer l'utopie.
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