Je viens d’apprendre qu’il y a un projet de TGV en cours près de chez moi et que l’un des tracés le ferait passer à moins de 1 Km de la petite maison que nous venons d’acheter avec ma femme, il y a juste … un mois. En « salariés bourgeois » la réaction est vive. A vraie négligence, vrai regret de ne pas s’être renseignés en détails sur l’emplacement de cette propriété. Mais cette situation m’impose une vraie problématique, un dilemme. Comment envisager le lien que nous entretenons entre la recherche de l’intérêt général et la stabilité des intérêts personnels. Au nom de l’intérêt général, bon nombre de situations individuelles deviennent secondaires. L’intérêt général est celui qui est désigné comme tel par la loi au motif qu’il permet d’améliorer la vie de la communauté dans ses déplacements, dans son habitat, dans tous les secteurs de la société. C’est à ce titre que les intérêts individuels de quelques uns peuvent être limités, au premier rang desquels les libertés publiques, les droits individuels et la propriété privée tout comme ses corollaires tels que le confort, l’absence de nuisances sonores, la beauté d’un site, son caractère villageois dans un environnement sururbanisé. On pressent immédiatement qu’il n’existe pas d’intérêt général sui generis, objectif, unique. Cette notion est intimement liée à la conception de la cité dans ses dimensions politiques, culturelles et sociales. Dans une posture républicaine démocratique, les élus du peuple doivent définir cette notion en articulant les besoins de la population, des individus et la réponse à apporter pour permettre aux citoyens dans la cité d’évoluer en harmonie. Ils doivent construire cette notion au cas par cas, en prenant soin de solliciter les avis de la population en les consultant. C’est le sens des débats publics qu’impose la loi. Au juge de trancher en cas de conflit. Après, les définitions, la réalité.
Je ne vous cache pas qu’après quelques recherches, le fait de faire descendre vers Toulon une ligne TGV sensée relier en un premier temps Avignon – Aix et Nice ne me semble pas revêtir un grand intérêt. Mais si à défaut de « grand intérêt » celui-ci s’avérait « général », devrais-je par honnêteté intellectuelle accepter cette situation et par là-même intégrer qu’un choix de vie agréable soit (peut-être) remis fondamentalement en cause y compris par une infrastructure dite d’intérêt général ? Comment l’intellectuel va traduire dans ses actes pratiques, son implication au sein de rapports de force au risque de privilégier son intérêt propre au détriment de l’intérêt général constaté ? Si la (re)construction historique et sociale de la réalité permet de sociologiser des faits sociaux, elle ne remplace pas l’action de l’agent.
Allons donc commencer par nous documenter, par vérifier les argumentaires et ensuite, ensuite ? Que faire … ?
Le constructivisme sociologique doit intégrer selon moi, comme une variable principale, les rapports de force du champ politique, j’entends par là, le champ dans lequel évoluent les professionnels de la politique. Et déjà, je lis ici ou là qu’un ancien ministre et agent dominant de ce champ aurait « imposé » l’inflexion sudiste du tracé pour « offrir » à la ville dont il est le premier magistrat, deux « gares-TGV »… Et si l’intérêt général commençait à s’effriter au profit d’un intérêt politique local, pauvre succédané de la raison d’Etat, qui s’insinue bien souvent dans un électoralisme forcené ? Trouver l’argument politique pour répondre la question : mais à qui profite cet intérêt général ? Selon les résultats de l’analyse, mon dilemme va se transformer en une certitude : "va falloir s’engager !"
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