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"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil"  René Char

Mercredi 27 décembre 2006

L'une des meilleures idées éditoriales du journal "Le Monde" depuis ses derniers mois tient en la qualité des ...DVD vendus le samedi. Je les stocke semaine après semaine en me disant que je trouverais bien un moment pour les voir. Films d'anthologie (et pour cause), films indiens, japonais, brésiliens...accompagnés de fiches techniques, des articles parus dans le journal de l'époque. Du lourd, du massif, du costaud.  Ce temps, je l'ai enfin trouvé pendant quelques matinées de l'après réveillon où je n'ai eu aucun état d'âme à l'idée de ne rien faire d'autre que de visionner ces films.

Je viens donc de regarder "le jeune Lincoln" [Vers sa destinée] de John Ford. Film de 1939, Henry Fonda pose le jeune avocat qui essaye de défendre une famille pauvre, et qui deviendra le 1er Président étasunien. Le thème du film réside notamment dans la tension qui existe dans une société donnée entre la violence et la loi. Le jeune Lincoln sans pour autant faire fi de mensonges et de roublardise s'attache à faire barrage à la violence collective, aveugle et souvent imbécile. Déjà, l'oppposition entre la connaissance élitaire (populaire mais laborieuse) et l'obscurantisme des foules perce. Même si cette production n'a pas vocation à constituer une oeuvre historique scientifique, je me suis pris à la mettre en perspective de la doctrine présidentielle étasunienne actuelle. .. Ah ! l'anachronisme a quand même du bon...

par Nicolas Sadoul publié dans : socioblog
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Dimanche 22 octobre 2006

Ma grande fille fait du violon depuis 3 ans. Elle a bientot 7 ans. Bien souvent je m'interroge sur cette pratique qui veut que les parents sollicitent leurs enfants pour la pratique d'un instrument. Volonté de découvrir une pratique artistique ou soucis de la distinction. Distinction culturelle et distinction sociale. Sans doute. Mais je crois qu'il y a la croyance dans une autre forme de relation au monde. Celle basée sur la découverte d'un patrimoine qui ne se donne qu'aux initiés et que même les mélomanes non pratiquants ne pourront jamais approcher. Dans un monde de techniques sophistiquées où les bits remplacent toute construction individuelle et où les PDA se substituent même à notre mémoire, sentir qu'un do bécarre se joue par un doigt tendu placé au centième de millimètre près et que lui seul, à ce moment là, déclenchera une sensation jouissive quand la note jaillit grave, profonde et saillante : je crois que cette construction du rapport au monde demeure unique et fait oeuvre de civilisation. Elaborer cette liaison pour lui constituer un patrimoine culturel et ce, ni pour passer à la télé, ni pour gagner des millions mais pour relier son être à l'univers. Ne pas consommer mais créer pour soi et offrir aux autres quelques instants de beauté. Quand ma grande fille joue du violon, je crois sincèrement qu'elle prépare son émancipation. 

par Nicolas Sadoul publié dans : socioblog
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Dimanche 7 mai 2006

Derrière la farce institutionnelle appelée "Clearstream", il existe un véritable scandale planétaire. Cette multinationale n'a qu'un but protéger les flux financiers internationaux de tout contrôle jusqu'à rendre invisible la trace numérique de leur existence. Que tel ou tel politicien ait ou non un compte chez Cleartstream ne change vraiment rien ! Et même, il semble que plus on parle des affres gouvernementaux, moins sont évoqués les enjeux fondamentaux.

Denis Robert est un journaliste qui a mis en lumière cette machination il y a plus de 10 ans. Trois livres plus tard, il y revient avec un roman où il se met en pages pour tenter de lutter contre des forces dominantes mondiales... "La domination du monde" est un livre passionnant, abordable...presque pédagogique. Il nous livre tous les secrets de cette affaire. Paradis fiscal luxembourgeaois, les journalistes, les avocats les plus réputés comme défenseurs de cette firme. Seul un député socialiste suit l'auteur, il semble que ce soit Arnaud Montebourg, ...les autres politiciens continuent à ne rien faire qui gène leur réélection.

Soutenons Denis Robert car la firme le harcèle judidicairement ...en l'attaquant par plus de 80 procédures. Allez sur son site et signez sa pétition : http://ladominationdumonde.blogspot.com/

 

par Nicolas Sadoul publié dans : socioblog
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Samedi 3 septembre 2005

Je viens d’apprendre qu’il y a un projet de TGV en cours près de chez moi et que l’un des tracés le ferait passer à moins de 1 Km de la petite maison que nous venons d’acheter avec ma femme, il y a juste … un mois. En « salariés bourgeois » la réaction est vive. A vraie négligence, vrai regret de ne pas s’être renseignés en détails sur l’emplacement de cette propriété. Mais cette situation m’impose une vraie problématique, un dilemme. Comment envisager le lien que nous entretenons entre la recherche de l’intérêt général et la stabilité des intérêts personnels. Au nom de l’intérêt général, bon nombre de situations individuelles deviennent secondaires. L’intérêt général est celui qui est désigné comme tel par la loi au motif qu’il permet d’améliorer la vie de la communauté dans ses déplacements, dans son habitat, dans tous les secteurs de la société. C’est à ce titre que les intérêts individuels de quelques uns peuvent être limités, au premier rang desquels les libertés publiques, les droits individuels et la propriété privée tout comme ses corollaires tels que le confort, l’absence de nuisances sonores, la beauté d’un site, son caractère villageois dans un environnement sururbanisé. On pressent immédiatement qu’il n’existe pas d’intérêt général sui generis, objectif, unique. Cette notion est intimement liée à la conception de la cité dans ses dimensions politiques, culturelles et sociales. Dans une posture républicaine démocratique, les élus du peuple doivent définir cette notion en articulant les besoins de la population, des individus et la réponse à apporter pour permettre aux citoyens dans la cité d’évoluer en harmonie. Ils doivent construire cette notion au cas par cas, en prenant soin de solliciter les avis de la population en les consultant. C’est le sens des débats publics qu’impose la loi. Au juge de trancher en cas de conflit. Après, les définitions, la réalité.

Je ne vous cache pas qu’après quelques recherches, le fait de faire descendre vers Toulon une ligne TGV sensée relier en un premier temps Avignon – Aix et Nice ne me semble pas revêtir un grand intérêt. Mais si à défaut de « grand intérêt » celui-ci s’avérait « général », devrais-je par honnêteté intellectuelle accepter cette situation et par là-même intégrer qu’un choix de vie agréable soit (peut-être) remis fondamentalement en cause y compris par une infrastructure dite d’intérêt général ? Comment l’intellectuel va traduire dans ses actes pratiques, son implication au sein de rapports de force au risque de privilégier son intérêt propre au détriment de l’intérêt général constaté ? Si la (re)construction historique et sociale de la réalité permet de sociologiser des faits sociaux, elle ne remplace pas l’action de l’agent.

Allons donc commencer par nous documenter, par vérifier les argumentaires et ensuite, ensuite ? Que faire … ?

Le constructivisme sociologique doit intégrer selon moi, comme une variable principale, les rapports de force du champ politique, j’entends par là, le champ dans lequel évoluent les professionnels de la politique. Et déjà, je lis ici ou là qu’un ancien ministre et agent dominant de ce champ aurait « imposé » l’inflexion sudiste du tracé pour « offrir » à la ville dont il est le premier magistrat, deux « gares-TGV »… Et si l’intérêt général commençait à s’effriter au profit d’un intérêt politique local, pauvre succédané de la raison d’Etat, qui s’insinue bien souvent dans un électoralisme forcené ? Trouver l’argument politique pour répondre la question : mais à qui profite cet intérêt général ? Selon les résultats de l’analyse, mon dilemme va se transformer en une certitude : "va falloir s’engager !"

 

par Nicolas Sadoul publié dans : socioblog
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Samedi 13 août 2005

Voila ce que la revue culturelle du distributeur Carrefour nous propose dans une récente livraison. Il y a selon moi tous les éléments pour nous conforter dans les ambiguités regressives. Carrefour a le mérite de présenter des produits tels quels et de dire ce qu'il pense : la culture sous toutes ses formes est pour lui une marchandise, un produit.

Cette publi-revue permet d'insister sur la difficulté à apprécier du premier coup d'oeil, même quand il s'agit d'une caricature grossière, ce qui relève de l'information traitée et présentée sous une forme accessible voire critique (je crois que cela s'appelle du journalisme) et ce qui relève de la publicité, terme moderne pour parler de propagande. Comment les dissocier aujourd'hui quand les supports sont les mêmes ? Elle met en évidence également une défintion de la culture par le seul produit de consommation, la plus insipide. Le "toute la culture" pue le populisme, celui qui rassemble en flattant les instincts primaires...  on lit "toute la culture" et on entend 'toute la culture populaire", "celle du plus grand nombre", celle de l'audimat... A première vue, je pensais que la maquette et les commentaires étaient ironiques : je ne le crois pas.

Quand on présente "toute la culture" sous la forme d'un mâle dominant, violent, surarmé, agressif, à la musculature d'un Kouros créatiné qui, tel un ogre protège une chanteuse blonde bien sûr, vierge sans doute et un éphèbe, gagnant d'un concours télévisé (truqué car ils le sont tous) de sélection de stars , ça me rappelle les conceptions nazies, fascistes et staliniennes. Certes, les ogres ont une tendance à faire passer les enfants qu'ils se préparent à bouffer pour des coupables... là ils ont plutot l'air cons. Culte du corps, de l'esthétisme, de la violence, du rapport au chef pour vendre des jeux vidéos ultra violents (j'adorais ça, il a fallu que j'arrête...), des chansons de variétés et un concours de l'eurovision (c'est ça l'Europe !) : voila ce que nous propose le king kong de Carrefour, qui n'est autre que le marché total, anthropophage. Quand Carrefour parle de "toute la culture" en exclusivité... c'est à dire avant les autres et nulle part ailleurs, je m'en vais relire "psychanalyse des contes de fées" de Bethéleim et je me prépare à m'engueuler avec Dominique Wolton, et son "il faut sauver la communication !".

Je sais bien que dans "la culture du pauvre" , le livre, fondateur des culturals studies, Richard Hoggart analyse les inflexions que la culture populaire fait subir à la culture dominante quand elle atteint les dominés... mais il l'a écrit en 1970. Avant de le lire dans le détail, je ne peux me résoudre à l'idée que ce genre de pub ne risque pas de génèrer des troupeaux de zombies prêts à entendre tous les discours. Il faut aller voir s'il n'y a pas quelques petites recherches sur le sujet...

 
par Nicolas Sadoul publié dans : socioblog
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Texte libre

 Ecrire pour réfléchir, noter pour ne pas oublier qu'il faut "défataliser le monde" pour mieux le vivre sans doute. La compréhension du monde social n'est qu'une approche, une tentative nécessaire pour certains, vitale pour d'autres. S'essayer délibérement et avec persévérence à la compréhension pour saisir une chance de pointer l'utopie.

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